mardi 5 décembre à 14h -
cinémobile Yves Montand [Courts métrages] mardi 5 décembre, 15h30-17h30, salle Porte d'eau [ Conférence ]
Après Gauguin et le très beau Guernica, dont le texte est de Paul Éluard, Resnais conçoit et réalise avec son acolyte Chris Marker ce qui est peut-être, avec Nuit et brouillard, son meilleur court métrage : Les Statues meurent aussi, film redoutable, pamphlet anticolonialiste où l’ironie apparaît dans toute sa puissance rhétorique. Si Montesquieu avait fait des films, il aurait fait celui-là ; c’est déjà trop intelligent pour être du Voltaire. C’est l’esprit de patronnesse des colons et la mise à mort de l’art africain par la muséographie qui sont ici attaqués. Toute la mémoire du monde, écrit avec Remo Forlani, reprend l’univers muséal où l’avait laissé Les Statues meurent aussi. Resnais filme la Bibliothèque nationale en de longs travellings majestueux qui anticipent Marienbad. Il y a une part d’exaltation dans cette exploration — où Resnais s’amuse à semer ses comics préférés, Flash Gordon ou le magicien Mandrake —, mais aussi d’angoisse devant le babélisme de l’endroit et de l’accumulation du savoir.
En revanche, Le Chant du styrène, commande de Pechiney écrite par Queneau en alexandrins (…), est tout à la gloire de l’industrie et des matières plastiques. Resnais ne fit jamais autant l’unanimité que lorsqu’il était court métragiste : collectionnant récompenses et éloges, suscitant l’enthousiasme des jeunes Turcs des Cahiers…
Dominique Marchais, Les Inrockuptibles, « Alain Resnais l’art du jeu ».
* Guernica -
Alain Resnais
et Robert Hessens
France / 1949 / Fiction /
12 minutes / 35 mm / NB
Le 26 avril 1937, la petite ville espagnole, républicaine, de Guernica est bombardée par l'armée franquiste. Elle est rasée et incendiée. Cest la première fois dans l'histoire que l'aviation s'attaque ainsi à une population civile. On dénombra deux mille morts. Scénario Robert Hessens / Commentaire Paul Eluard, dit par Maria Casarès et Jacques Pruvost / Image Henry Ferrand / Son Pierre-Louis Calvet / Montage Alain Resnais / Production, distribution Les Films de la Pléiade.
* Les statues meurent aussi -
Alain Resnais
et Chris Marker
France / 1953 / Fiction /
29 minutes / 35 mm / NB
« On nous avait commandé un film sur l’art nègre. Chris Marker et moi sommes partis de cette question : pourquoi l’art nègre se trouve-t-il au Musée de l’Homme, alors que l’art grec ou égyptien est au Louvre ? » (Alain Resnais), ou comment nous trouvons du pittoresque là ou la communauté noire voit une culture. Quand la poésie rejoint la politique pour dénoncer le colonialisme. La commission de contrôle refuse au film son visa du fait notamment de son discours anticolonialiste. En 1964, une copie tronquée du film sort toutefois sur les écrans. Prix Jean Vigo 1954 Scénario Chris Marker / Commentaire Chris Marker, dit par Jean Negroni / Image Ghislain Cloquet / Son René Louge / Musique Guy Bernard / Production, distribution Présence Africaine.
* Toute la mémoire du monde -
Alain Resnais
France / 1956 / Fiction /
22 minutes / 35 mm / NB
Ce film est un hommage à la Bibliothèque Nationale de Paris et surtout à tous les employés qui répertorient, classent et entretiennent tous ces ouvrages et sans qui ce trésor serait inaccessible. Découverte de la Bibliothèque nationale, 58 rue de Richelieu (2e), en suivant le trajet d'un livre depuis le dépôt légal jusqu'à la salle de consultation. L'exploration systématique du lieu par la caméra et le caractère visionnaire du commentaire donnent à ce film une dimension fantastique qui le démarque du documentaire classique. Prix de la meilleure photo, Cannes 1957 Commentaire de Remo Forlani dit par Jacques Dumesnil / Image Ghislain Cloquet / Montage Anne Sarraute, Jean-Charles Lauthe, Alain Resnais / Musique Maurice Jarre / Production, distribution Les Films de la Pléiade.
* Le chant du styrène -
Alain Resnais
France / 1958 / Fiction /
19 minutes / 35 mm
On ne donnerait pas au plastique un quelconque attrait romantique. C'est le contraste sur lequel joue Raymond Queneau, parodiant, maltraitant le poème romantique, composant pour ce documentaire un commentaire en rime. La tonalité est délibérément humoristique. La photographie est, elle, à l'image du plastique, couleurs vives, artificielles. Le film fait une plongée dans l'univers froid de la mécanique et du contre nature. On ne sait si ce film insolite fut bien conforme au cahier des charges du commanditaire, ni s'il fut accueilli avec enthousiasme. Il demeure connu pour son double sens. Scénario Alain Resnais / Commentaire de Raymond Queneau, dit par Pierre Dux / Image Sacha Vierny / Montage Claudine Merlin, Alain Resnais / Musique Pierre Barbaud, Georges Delerue / Production, distribution Les Films de la Pléiade / Commande de la société Pechiney.
* Conférence - entrée libre Alain Resnais, de Guernica à Hiroshima, par Jean-François Buiré mardi 5 décembre, 15h30-17h30, salle Porte d'eau
Jean-François Buiré est critique de cinéma, réalisateur et intervenant régulier du dispositif Lycéens au cinéma.
Avant de réaliser Hiroshima, mon amour, son premier long métrage, Alain Resnais réalise de nombreux courts métrages documentaires. Il commence ainsi sa carrière de cinéaste avec plusieurs portraits d'artistes peintres, notamment Van Gogh (1948) et Gauguin (1949), avant d'aborder avec Guernica (1949), les thèmes traités dans la plupart de ses longs métrages, notamment Hiroshima : la guerre, la mémoire. La séance de courts métrages et l'intervention qui suivra permettront donc de découvrir une période charnière de la carrière d'Alain Resnais, dont le film Hiroshima, mon amour est au programme du baccalauréat cinéma audiovisuel depuis la rentrée 2007.